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Newsletter d’humeur – N°6 – mars 2018
Editeur responsable : Dr Lawrence Cuvelier

PLAT DU JOUR  ()

Une mécanique infernale qui conduit à un monopole

Les généralistes qui se berçaient encore d’illusions quant à leurs libertés peuvent se laisser envahir par une saine colère face à la concentration qui s’opère depuis un moment sur le marché des logiciels médicaux. Avec la récente prise de contrôle du DMI Epicure par le groupe Corilus, on s’achemine vers un très inquiétant monopole. Inacceptable !

Il y a environ 10 ans, la plateforme eHealth est venue s’imposer comme interlocuteur unique entre autres en matière de transmission électronique des données dans la santé. Dans son sillage, des plans d’action pour l’informatisation des soins de santé ont été élaborés. Pour pousser les généralistes à franchir le pas, des primes ont vu le jour, et sont devenues peu à peu substantielles. Les autorités se sont montrées très actives pour multiplier les fonctionnalités et applications que les logiciels médicaux doivent obligatoirement intégrer sous peine de disparaître.

Un développeur, Corilus (dont le catalogue inclut divers types de produits : le logiciel CareConnect, la messagerie MediMail…), a investi massivement pour décrocher le leadership sur le marché, en s’appuyant sur une armée d’informaticiens. Il se raconte également qu’il aurait noué des liens privilégiés avec la sphère officielle de l’e-santé pour avoir une longueur d’avance sur des développements techniques essentiels, de telle façon à ce que les médecins usagers de son logiciel puissent avoir facilement et rapidement accès aux applications.

Fort de sa position, cet acteur dominant - et sans doute privilégié - facture aux généralistes un prix pratiquement trois fois plus élevé que d’autres fournisseurs de logiciel qui, de leur côté, éprouvent de plus en plus de difficultés pour suivre les adaptations qu’exigent les autorités. On peut se demander à quoi servent les primes accordées aux généralistes pour les inciter à s’informatiser, si elles sont automatiquement captées par le détenteur d’un quasi-monopole qui, en grossissant, a de plus en plus les moyens d’écraser ses concurrents.

Par ailleurs, l’informatisation de nombreuses procédures « médico-administratives » (le traitement des attestations de soins, l’introduction des demandes de Bf, l’établissement de certificats d’ITT…) fait diminuer les coûts des services liés à la santé. Les généralistes, par les formalités dont ils s’acquittent à l’écran, permettent des économies qui sont directement récupérées par un opérateur privé… Qui du reste a aussi veillé à faire son trou au sein des services hospitaliers, dans le domaine des transmissions de données entre professionnels, dans les pharmacies et dans les soins infirmiers.

Plus l’Etat va demander aux généralistes d’employer les e-services, plus cet offreur en position dominante pourra gagner d’argent…

CE QU’EXIGE LE GBO

Le système de santé, c’est l’affaire de tous les citoyens. Une partie des revenus des contribuables sont d’ailleurs destinés à garantir des soins de qualité. Si on se place dans une logique de marché, la régulation des prix ne peut venir que de la concurrence. Si celle-ci disparait, la qualité, la sécurité et le prix ne sont plus assurés.

La plupart du temps, les états qui ont été confrontés à des constructions de monopole ont dû choisir entre deux grandes orientations : soit obliger les sociétés à se diviser, soit nationaliser le type de service concerné.

De toute manière, si c’est pour verser aux médecins une prime informatique qui sera automatiquement happée par un opérateur privé, autant verser directement la somme à cet opérateur.

Le GBO recommande que le débat soit porté en place publique de manière transparente et que les organes de contrôle (Cour des comptes, Autorité belge de la concurrence…) examinent la situation.

Le GBO propose que des alternatives puissent être développées pour limiter les effets négatifs sur les médecins d’une concentration extrême de l’offre, alternatives sur lesquelles le Collège francophone de la médecine générale se penche déjà. Les médecins généralistes pourront sans doute trouver des parades, mais il est peu probable qu’elles soient effectives d’ici à la fin de l’année.

Enfin, le GBO revendique que les médecins généralistes ne subissent aucune perte de données patients en cas de changement de logiciel. C’est en théorie obligatoire, mais loin d’être le cas. Les coffres-forts des hubs régionaux (Intermed, Brusafe et Vitalink) pourraient garantir le stockage des données si on appliquait une politique volontariste à cet égard.

De manière générale, le GBO s’oppose énergiquement à ce que le bien commun soit détourné vers des intérêts privés.

LAST MINUTE

C’EST LE PRINTEMPS !

Le GBO soutient pleinement la toute récente initiative du « printemps médical », lancée par une centaine de MG désireux de se doter d'un DMI propre, qui restera sous contrôle de la profession, en réaction au monopole grandissant de Corilus. Parmi cette centaine de confrères se trouvent de nombreux membres du GBO, voire du bureau du GBO (les Drs Vollemaere, de Thier, Marivoet…) A terme, ce logiciel sera partagé avec les autres métiers de santé de première ligne.

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